Énergie : Scénarios Possibles – Conférence du 7 mars 2026 – Marrakech, Maroc
Cet événement marque le lancement du Marathon du Développement Durable dans les sites du futur, une initiative portée par l’AISEC (Association italienne pour le développement de l’économie circulaire), visant à promouvoir de nouvelles opportunités de dialogue et d’engagement selon la perspective ESG.
Chaque visite, entièrement autofinancée, s’accompagne de la publication d’une étude, offerte par son auteur à AISEC et accessible à ses membres. Les analyses présentées constituent également une base pour des réflexions critiques concernant les évolutions futures.
Le conflit au Moyen-Orient, en plus d’avoir affecté des équilibres géopolitiques déjà fragilisés par le conflit russo-ukrainien et d’avoir eu un impact significatif sur la protection des droits humains, a généré deux conséquences majeures sur l’approvisionnement énergétique:
- Un risque accru de perturbations dans l’approvisionnement en gaz et en pétrole depuis des points stratégiques tels que le détroit d’Ormuz.
- Une augmentation des prix pour les entreprises et les ménages, entraînant une inflation énergétique et une instabilité accrue sur les marchés mondiaux.
Situation en Europe
Au début du mois de mars, l’Union européenne a présenté un ensemble de mesures énergétiques comprenant deux initiatives industrielles majeures. La stratégie d’investissement dans les énergies propres vise à mobiliser davantage de capitaux privés en faveur des réseaux, des sources renouvelables et de l’efficacité énergétique, tout en réduisant le risque lié aux projets, notamment grâce au soutien de la Banque européenne d’investissement, estimé à 75 milliards de dollars sur trois ans. Le plan consacré aux petits réacteurs nucléaires modulaires propose une feuille de route pour le déploiement de ces technologies à partir de 2030, en s’appuyant sur une filière européenne et sur un cadre réglementaire commun axé sur la sécurité.
Sur le plan politique, la crise de 2022 demeure une référence centrale. Selon Jørgensen, l’Europe dispose aujourd’hui de dispositifs nettement renforcés, tels qu’une diversification accrue des approvisionnements, une part plus importante d’énergies renouvelables sur le réseau, une meilleure efficacité et une corrélation réduite entre les prix du gaz et de l’électricité. Il précise toutefois que, dans l’éventualité d’une nouvelle détérioration, l’Union européenne n’envisagerait que des « mesures ciblées et temporaires », sans remettre en cause les principes fondamentaux du marché, y compris le système d’échange de quotas d’émission de carbone.
Que faut-il faire?
Nous avons visité le Maroc au début du mois de mars afin d’examiner le plus grand centre d’énergie solaire du pays, connu depuis plusieurs années comme l’un des plus importants au monde dans sa catégorie : le complexe solaire Noor Ouarzazate. Ce site se situe dans le sud du Maroc, à environ 10 kilomètres de la ville de Ouarzazate, au bord du désert et à proximité du barrage d’El Mansour Eddahbi.
Taille et capacité
La centrale possède une puissance installée d’environ 510 MW grâce à la technologie solaire thermodynamique (CSP), qui atteint près de 580 MW en ajoutant la partie photovoltaïque. S’étendant sur plus de 3 000 hectares, sa superficie est presque équivalente à celle de la ville de Ouarzazate. La construction a débuté en 2013, et la mise en service s’est faite progressivement entre 2016 et 2019.
Le site utilise une technologie innovante de stockage thermique par sels fondus permettant de produire de l’électricité jusqu’à sept heures après le coucher du soleil, ce qui rend le système beaucoup plus stable que les installations photovoltaïques classiques – un atout considérable. Ce centre joue aussi un rôle stratégique pour le pays, qui souhaite réduire sa dépendance énergétique et atteindre plus de 50 % d’électricité renouvelable d’ici 2030. Par ailleurs, le Maroc nourrit une ambition majeure susceptible d’intéresser notre pays : devenir un grand exportateur d’énergie verte vers l’Europe. Le principe est simple mais la portée est immense : produire de l’électricité solaire et éolienne dans le désert, là où le coût est très bas, puis acheminer cette énergie jusqu’en Europe grâce à des câbles sous-marins à haute tension.
Le cas du Royaume-Uni
Le projet Xlinks au Royaume-Uni visait à établir environ 4 000 km de câbles électriques sous-marins entre le Maroc et le Royaume-Uni, pour un coût estimé à 25 milliards de livres sterling. Ce projet prévoyait une production combinée de 7 GW d’énergie solaire et 4,5 GW d’énergie éolienne dans le sud du Maroc.
Le système devait permettre de transporter jusqu’à 3,6 GW d’énergie en continu, ce qui aurait été suffisant pour alimenter près de 7 millions de foyers britanniques, représentant approximativement 8% de la demande en électricité du pays. L’énergie aurait quitté la région désertique de Guelmim-Oued Noun, traversé le détroit de Gibraltar, puis longé les côtes espagnoles, portugaises et françaises avant d’atteindre la côte anglaise. Toutefois, en 2025, le gouvernement britannique a décidé de ne pas accorder de soutien financier à ce projet.
Espagne
Ce pays, reconnu pour ses initiatives en matière d’énergies renouvelables, a manifesté son intérêt dans le cadre d’un projet initié il y a plusieurs années, comprenant la mise en place de deux câbles électriques sous-marins ainsi qu’un troisième actuellement à l’étude pour accroître la capacité. Ces interconnexions permettent déjà l’échange d’électricité entre l’Afrique et l’Europe et pourraient constituer à terme le premier corridor consacré à l’exportation de l’énergie solaire marocaine.
Pourquoi l’Europe devrait s’intéresser au Maroc
La région bénéficie de trois atouts majeurs qui expliquent son potentiel remarquable en matière d’énergie solaire : le désert marocain génère jusqu’à trois fois plus de puissance solaire que l’Europe du Nord. De plus, grâce à sa position géographique privilégiée, juste au sud de l’Europe et séparée seulement par le détroit de Gibraltar, les coûts sont parmi les plus bas au monde.
D’un point de vue géopolitique, certains experts estiment que l’Afrique du Nord pourrait occuper pour l’Europe le rôle stratégique que joue le Moyen-Orient dans le secteur pétrolier ; je partage ce point de vue. Les négociations actuelles menées avec l’Algérie illustrent déjà cette dynamique.
Il est essentiel de renforcer la surveillance du détroit de Gibraltar
Le détroit de Gibraltar conserve une importance stratégique majeure comme principal passage entre l’Atlantique et la Méditerranée. Dans un contexte international tendu, ce passage est crucial pour le commerce mondial, le transport énergétique et la logistique militaire. Chaque jour, des centaines de navires, pétroliers et unités militaires y transitent, reliant plusieurs continents et assurant la continuité des chaînes d’approvisionnement. En période de tension géopolitique, contrôler ce détroit permet d’influencer les flux commerciaux et stratégiques, faisant de cette zone un point clé pour la stabilité euro-méditerranéenne.
Note technique sur l’énergie solaire et éolienne (sources : ENEA décembre 2025, Studio Ambrosetti mars 2026)
Dans le monde, le coût moyen de production d’énergie solaire et éolienne est en baisse constante (-90% solaire et -70% éolien entre 2010 et 2024). Cette tendance concerne également l’Europe qui, en 2025, a atteint un objectif important : pour la première fois, la part de la production d’électricité à partir du solaire et l’énergie éolienne a dépassé celle issue des combustibles fossiles (30 % contre 29 %). La même année, le solaire a connu une croissance record (+61 TWh, +20 % par rapport à 2024), les SER couvrant près de la moitié (48 %) des besoins en électricité de l’Europe.
Entre 2010 et 2024, le coût plafonné de l’énergie (LCOE) pour les technologies solaires et éoliennes a connu une réduction significative d’environ 90 % et 70 %, respectivement.
Cette tendance est révélatrice d’une amélioration de la compétitivité des sources d’énergie renouvelables (SER). La baisse du LCOE est principalement attribuée à la réduction des coûts de technologie et à une augmentation parallèle de la productivité.
Plus précisément, pour le solaire utility scale, la baisse des coûts de la technologie a été favorisée par la baisse des prix des modules et la réduction des coûts d’ingénierie.
Procurement, and Construction (EPC), installation et développement. De même, l’éolien terrestre a bénéficié d’une baisse des coûts des turbines. Globalement, ces évolutions ont réduit progressivement l’écart de coût par rapport aux technologies des combustibles fossiles, contribuant ainsi à la transition énergétique
En 2025, l’Union européenne atteint un objectif historique : la production d’électricité solaire et éolienne a dépassé celle des combustibles fossiles, avec une part de 30 % et 29 %, respectivement. Ce résultat reflète une tendance sur dix ans à l’adoption croissante des SER, à partir de 6% en 2010.
Parallèlement, l’utilisation du nucléaire et de l’énergie hydroélectrique reste relativement stable, tandis que la diminution constante des combustibles fossiles marque une transition significative vers une production énergétique plus durable.
Une avancée majeure vers la durabilité énergétique a été réalisée grâce à l’augmentation significative de la production d’énergie solaire, qui a atteint 368 TWh en 2025. Cette contribution a permis aux SER de couvrir près de la moitié de la production totale d’électricité. L’augmentation record de 61 TWh en 2025 par rapport à l’année précédente est comparable à la production d’énergie de trois centrales nucléaires françaises, soulignant l’importance croissante de l’énergie solaire dans la transition écologique. Depuis 2010, on observe une augmentation soutenue de la génération solaire, avec un taux de:
- Croissance annuelle de 18%, la plus élevée de toutes les sources d’énergie, reflétant;
- Investissements stratégiques et progrès technologiques qui améliorent l’efficacité et réduisent les coûts.
En Italie également, le coût moyen de production d’énergie éolienne et solaire a diminué progressivement au fil du temps. À ce jour, le coût moyen de production du solaire et de l’éolien intégré est inférieur respectivement de 42 % et 28 % au prix moyen national de l’électricité en 2025 (115 €/MWh).
Au cours des 20 dernières années, alors que le niveau global de production d’électricité est resté globalement stable, la part de la production SER a presque triplé, tandis que celle de la production thermoélectrique a été réduite de près de moitié (-40%).
Entre 2010 et 2024, en Italie le coût moyen de production (LCOE) du photovoltaïque utilitaire.
L’échelle a diminué d’environ 86 %, tandis que celle de l’éolien terrestre a diminué de 63 %. La baisse des coûts est imputable aux progrès technologiques, aux économies d’échelle, à l’amélioration de l’efficacité des installations et à la maturation des filières industrielles, en ligne avec la tendance internationale.
Le coût moyen de production des SER intégrées – c’est-à-dire comprenant le surcoût des investissements dans les développements de réseau et des systèmes de stockage nécessaires pour leur intégration dans le système électrique – est estimé à environ 67 €/MWh pour le photovoltaïque et 83 €/MWh pour l’éolien. Ces valeurs sont inférieures respectivement de 42 % et 28 % par rapport au prix moyen national (PUN) enregistré en 2025 (115 €/MWh), mettant en évidence une compétitivité désormais structurelle par rapport aux sources fossiles.
L’augmentation progressive de la compétitivité des SER par rapport aux technologies de production thermoélectrique conventionnelle a entraîné un changement structurel du mix de production d’électricité au cours des vingt dernières années : la production thermoélectrique a en effet diminué de 40 %, passant de 235 TWh en 2005 à 140 TWh en 2025, tandis que la part de production des SER dans la production nationale totale a triplé.
En Italie, la croissance des SER contribue à une plus grande sécurité énergétique, ayant réduit la dépendance énergétique d’environ 9 points de pourcentage entre 2010 et 2024. Cependant, le marché de l’électricité reste exposé aux prix du gaz : en 2024, la génération thermoélectrique à gaz a déterminé le prix de l’électricité (PUN) pour plus de 60 % des heures et la corrélation entre PUN et prix du gaz (PSV)4 était de 97 %. Accélérer les SER, ainsi que le réseau et l’accumulation, est donc un levier clé de la sécurité énergétique et de la compétitivité économique.
En 2024, l’Italie continue de faire preuve d’une dépendance énergétique considérable, important près de 74 % de ses besoins. Le système électrique italien reste fortement exposé.
